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La Révolution Néolithique

Le terme de Révolution néolithique, introduit dans les années 1920 par l’historien Gordon Childe, a donné la fausse impression que les événements qui ont marqué cette période charnière de notre préhistoire – l’histoire se situant avant la naissance de l’écriture – se sont produits du jour au lendemain, comme d’autres révolutions plus familières et plus récentes qui, en quelques jours, en quelques mois, ont transformé tout un monde.
Or, la révolution qui prend place au Néolithique s’étend sur plusieurs centaines d’années au bas mot, voire sur plusieurs milliers d’années, suivant l’angle sous lequel on se place. Pourtant, ces événements transforment un mode de vie qui a dominé pendant des dizaines de milliers d’années, ce qui ne représente rien de moins qu’une véritable révolution. Qu’il ait ensuite fallu plusieurs milliers d’années à cette révolution pour se répandre et consolider ses acquis, montre d’une part la profondeur des transformations qui prennent place, mais révèle aussi la lenteur avec laquelle celles-ci se propagent, lenteur due principalement à l’absence de communication entre les communautés prises dans son mouvement.

Qu’elles aient lieu au Levant, en Chine, au Mexique, au Pérou, en Nouvelle-Guinée ou dans les autres régions du globe où cette révolution n’aura pas été importée mais se produira de manière « spontanée », ces transformations s’appuient sur deux innovations principales : l’introduction de l’agriculture et de la domestication animale. Les conséquences de ces deux découvertes seront innombrables et transformeront profondément et de manière irréversible le mode de vie des humains, en ce sens que la production contrôlée de nourriture va leur permettre de se sédentariser et de créer, dans les régions propices, des surplus nutritionnels qui vont ouvrir la porte à toutes sortes de développements structurels, démographiques, économiques, politiques, sociaux et technologiques. Si nous devions résumer cette chaîne événementielle, nous pourrions dire qu’elle prend la création d’un surplus de nourriture comme base et qu’elle se développe autour de trois axes : la sédentarisation, la croissance démographique et l’introduction d’une économie de production. Avec la sédentarisation et la croissance démographique, les premiers hameaux deviennent des villages qui deviendront plus tard des villes. Le passage d’une économie de prédation à une économie de production permet la création de castes de spécialistes qui sont à l’origine de l’organisation des structures politiques et des développements technologiques, ce qui permet le déploiement des échanges et des moyens de communication.

Plus récemment, les historiens ont préféré employer le terme d’évolution à celui de révolution, aux connotations trop brutales. Or, le terme d’évolution sous-entend un processus inexorable, dont les causes ne peuvent être ni contrôlées, ni changées, ce qui n’est certainement pas le cas ici. Quand nous parlons de l’introduction de l’agriculture et donc de la domestication des plantes, nous ne parlons ni de toutes les plantes ni de n’importe quelle plante. Nous parlons des plantes qui non seulement devront posséder les qualités nutritionnelles requises pour fournir aux humains une alimentation équilibrée , mais qui autoriseront aussi la production d’un surplus. Quand nous parlons de domestication animale, il ne s’agit pas de la domestication du chien (vers 12.000) ou celle plus récente du chat (vers 6.000), animaux qui n’auraient jamais pu nourrir une population humaine conséquente. L’essentiel de notre alimentation en viande repose aujourd’hui encore sur les quatre premiers mammifères domestiqués à partir de 8.000, à savoir le mouton, la chèvre, le cochon et, plus tard, la vache .
En l’espace de quelques milliers d’années, les humains prennent le contrôle de la production des aliments dont ils ont besoin, ce qui fournit le fondement nécessaire (mais pas suffisant) au développement des différentes sociétés tout autour du globe. En ce sens, nous pouvons dire que la Révolution néolithique représente le point de départ d’une évolution incontestable, car croissance démographique, économie de production, spécialisations, échanges, développements des technologies et des communications sont autant d’impulsions qui trouvent là leur origine et qui non seulement se prolongent encore aujourd’hui, mais subissent depuis quelques siècles un phénomène d’accélération. Les chiffres suivants confirment cette « évolution » :
alors que toute l’humanité vit de chasse, de pêche et de cueillette avant la Révolution néolithique, seul 0,002 % de la population mondiale en vit aujourd’hui
90 % de tous les humains qui ont vécu jusqu’à ce jour, se sont nourris de chasse, de pêche et de cueillette ! [Haviland, 1991]

Références
HAVILAND William (1991) : Culturele antropologie. Ontmoeting met culturen. Vertaald uit het Engels door G. Pancras et al. Utrecht, Stichting Teleac

 

2 réponses à “La Révolution Néolithique

  1. memoirs of a prostitute

    15/06/2012 at 3:20

    I love this! I’ve always been fascinated by the Neolithic era!

     
  2. sagaofaelorad

    02/01/2017 at 9:10

    This is fascinating!

     

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